Kitchen story

Tout commence par une leçon de cuisine. Dans la cour intérieure d’une villa vietnamienne, une vieille employée de maison apprend à la jeune Mui les secrets de cuisson des morning glory. Un fond d’huile, une poignée d’ail et de piment, un trait de nuoc mam et quelques grammes de viande. Le grésillement de la poêle bien chaude vient se mêler aux bruits de la rue et aux chants des oiseaux. C’est un plat d’apparence simple et pourtant trois, quatre minutes de trop dans le wok et les branches brûlent ou ramollissent. Quelques semaines après son arrivée, nous entendrons la jeune Mui demander fièrement l’autorisation de faire sauter les légumes toute seule.

L’Odeur de la papaye verte se poursuit sur ces gestes quotidiens de la cuisine vietnamienne. Au fil des cuillères de nuoc mam, des coups de baguettes, de la préparation de la salade de papaye verte au boeuf séché, nous observons cette jeune fille contemplative, presqu’animale, faire l’apprentissage terrible de la servitude au milieu d’une famille brisée de commerçants.

 

C’est dans une cuisine assez semblable que nous nous sommes arrêtés pour déjeuner samedi midi. Nous avions roulé toute la matinée sur une grande artère pas du tout pittoresque, un air brûlant nous fouettant le visage. Nous étions donc ravis de découvrir ce petit restaurant, sur les bords du petit lac de Yen avant de visiter la Pagode Thay, juchée sur la montagne.

 

 

"Com" avons nous répondu à la patronne en désignant le gros bol de riz posé sur la table de nos voisins. S’en est suivi un petit ballet dans la cuisine extérieure. Puis, la vieille femme a placé sur notre table une assiette de morning glory sautés au boeuf, un morceau de tofu frit à la texture à la fois ferme et fondante* et un grand saladier de riz.

* En dépit de la connotation publicitaire de cette phrase, la rédaction tient à préciser que Dévorer les livres n’est en aucun cas sponsorisé par le syndicat des producteurs de tofu.

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