Éloge de l’ombre 2.0 – Tadao Ando

« La courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur,
Un rond de danse et de douceur  » Paul Eluard, Capitale de la douleur

En matière d’architecture, jusqu’à ce qu’Albin commence à faire mon éducation par contagion, mon avis se limitait à quelques idées aussi préfabriquées qu’un module Algeco: les tours sont l’expression d’un capitalisme machiste ne sachant s’exprimer qu’au travers de représentations phalliques et le béton est le symbole d’une modernité froide et déshumanisante (oui oui carrément). Je ne connais toujours pas grand chose à l’architecture mais je suis tout de même venue à bout de quelques un de mes a priori, en découvrant la sensualité du béton de Tadao Ando .

L’architecte réussit le pari de concilier  la modernité et cet éloge de l’ombre dont Tanazaki souligne l’importance dans son ouvrageIl joue sans cesse avec la lumière indirecte, offrant aux visiteurs différents tableaux selon les heures de la journée. Au lieu de défigurer l’ensemble, les composantes du progrès, aussi bien les équipements sanitaires, l’électricité, que les matériaux, bétons, verre, … jouent un rôle à part entière dans la beauté des constructions.

« Shingonshu Honpukuji », Water Temple – Awaji Island

Si certains de ses bâtiments, peut-être pas les plus émouvants, se dressent fièrement et se signalent de loin, d’autres s’imposent, tapis dans l’ombre, au détour d’une fine paroi de béton ou au pied d’une volée marches. Aux abords du Watertemple comme du Chichu Art Museum de Naoshima , rien ne laisse présager les édifices au-delà des parois de béton qui serpentent dans la nature. A l’intérieur, de la même manière, rien ne saute au yeux, tout se révèle au travers du prisme de la lumière indirecte caressant les différents matériaux et plaçant sous des projecteurs doux et éphémères des détails jusque là en sommeil.

Church of light, Préfecture d’Osaka

Au Chichu Art Museum, les salles construites spécifiquement pour les oeuvres, une série de Nymphéas de Claude Monet et l’installation Time/Timeless/No Time de Walter De Maria, nouent un véritable dialogue avec les oeuvres en dépassant l’habituelle neutralité de la majorité des salles de musées. Les photographies y sont interdites, ce qui permet de découvrir la scène d’un oeil vierge et de profiter pleinement de l’atmosphère.

Benesse House – Naoshima

Photos: Albin Rousseau, 2012