Fraises, rhubarbe et matcha

À l’heure où nous émergions, le cheveux froissé, les joues roses, nos corps de femmes dans nos pyjamas d’enfant, elle était déjà revenue du marché, le panier débordant de fruits et légumes, de jolis paquets prometteurs de la crèmerie, de pain et de bouteilles de lait frais. Sur la grande table du salon, un copieux petit déjeuner nous attendait, ignorant l’heure tardive : tartines de chèvre, yaourts (entiers !), miel de trèfle, café, fruits frais, oeufs brouillés parfois…  Le moment se prolongeait ensuite pendant des heures sur le canapé où nous emportions notre deuxième tasse en fumant maladroitement quelques cigarettes pour mieux commenter la presse du jour et surtout l’immense pile de magazines qui ne quittait jamais la table basse.

Il y a aussi eu les révisions du bac, délicieusement interrompues en début d’après-midi par une voix venant du fond de l’appartement,  « on se fait un petit frichti ? ». Et en dix minutes chrono, Jenny avait aligné sur la table une série de grands plats soigneusement chinés lors des brocantes du printemps  et remplis de mets plus appétissants les uns que les autres.

Il y avait enfin les dîners toujours animés et chaleureux, mêlant des invités si différents, qui commençaient immuablement par la fine charcuterie de Pascaline et nous emmenaient tard dans la nuit. Sans le savoir, dans cet appartement si hospitalier, si  parfait puisqu’il n’était pas chez moi, j’apprenais la simplicité du bonheur. On est grandes maintenant, les soirées entre copines, ont pris une tournure différente, bien aussi, mais différente. De cette période, il nous reste le souvenirs des fous rire et des pleurs d’adolescentes, les discussions tard dans la nuit, les moments de tristesse infinie et les savoureux espoirs d’idylles. Il nous reste aussi au quotidien le goût des bons produits, des légumes qui ne sont pas punition, la  découverte d’un monde où le fromage affiné se laisse dévorer dès le petit déjeuner,  où les légumes nouveaux croquent sous la dent et où les petits pois existent autrement qu’en boîte.

« Oui, peut-être bien ? C’est là ce que nous avons eu de meilleur ! « 

Parmi les classiques de la maison, la compote de fraises revenait chaque saison, lorsque les premières fraises apparaissent sur les étales mais qu’elles ne sont pas encore très bonnes.  En voyant ces gros cageots chez le primeur, je me suis laissée tenter. Les fraises étaient un peu trop dodues pour être honnêtes mais une fois cuites avec de la rhubarbe et un trait de poivre, c’était très bien. Pour contrebalancer l’acidité de la compote, une cuillère de crème fraîche et l’amertume de sablés au matcha.

Compote fraise-rhubarbe:

  • 750 gr. de fraises
  • 6-8 tiges de rhubarbe
  • Selon les jours : sucre, 1/2 gousse de vanille, poivre noir de Kampot
  1. Préparer : Rincer rapidement les fraises, les équeuter et les couper en deux (pour les plus grosses). Couper les extrémités des tiges de rhubarbe. Les éplucher grossièrement puis les couper en tronçons de 3-4 cm.
  2. Cuire : Dans une grande casserole, porter un fond d’eau à ébullition (juste pour que ça n’accroche pas au début, les fruits vont rendre beaucoup d’eau), ajouter le rhubarbe et laisser cuire à feu doux . Lorsque la rhubarbe commence à compoter (env. 10 min.), ajouter les fraises. Laisser cuire encore une dizaine de minutes.
  3. Manger : Laisser refroidir la compote puis la déguster avec quelques grains de poivre noir concassés, de la crème fraîche crue et des sablés au matcha.
  4. Variantes: A la place du poivre, vous pouvez ajouter, pendant la cuisson, du sucre, des zestes de citron vert, une demie gousse de vanille fendue en deux ou, après la cuisson, un trait de vinaigre balsamique.

Sablés au thé vert, selon une recette de Clotilde:

  • 100 gr. de beurre salé à température ambiante
  • 50 gr.de sucre glace
  • 1 jaune d’œuf
  • 90 gr. de farine
  • 40 gr. de poudre d’amande
  • 3 c.c. poudre de thé vert*
  1. Saladier 1 : Battre le beurre et le sucre glace dans un saladier jusqu’à ce que le mélange devienne crémeux. Incorporer le jaune d’œuf.
  2. Saladier 2 : Mélanger la farine, la poudre d’amande et la poudre de thé vert à l’aide d’une fourchette.
  3. 1 + 2 : Verser le saladier 2 dans le 1. Mélanger pour former une boule de pâte, sans trop travailler la pâte.  Laisser raffermir 2h au réfrigérateur.
  4. Découper: Étaler la pâte à l’aide d’un rouleau à pâtisserie en conservant un petit centimètre d’épaisseur. Découper des sablés à l’aide d’un emporte pièce**.
  5. Cuire : Préchauffer le four à 180° c. Chemiser de papier sulfurisé une plaque de four.  Enfourner 10 minutes environ, jusqu’à ce que les sablés commencent juste à dorer sur les bords. Laisser reposer 5 minutes sur la plaque, puis sur une grille.
* note aux puristes: je n’ai pas utilisé le vrai thé matcha, qui est très cher, mais une poudre de thé vert que l’ont trouve dans les supermarchés japonais ou coréens et qui est destinée à la pâtisserie ou à ces green tea latte qui font fureur dans les coffee shop asiatiques. Contrairement à la recette de Clotilde, j’ai mis 3 c.c. car l’arôme est un peu moins puissant.
** Clotilde forme un boudin de pâte qu’elle roule dans le sucre puis découpe ensuite en tronçon. Pour cette méthode, je vous renvoie à sa recette.