OZ 502 Paris-Busan

J’ai quitté Paris le cœur tout de même un peu serré en pensant à cette page qui se tournait. La vie sans concours enfin, la vie sans horaires de bureau, les premières factures adressées en travaillant de la maison. Quelques cours encore mais sans incidence. Ces quelques mois avaient le goût d’une période de liberté retrouvée, d’une parenthèse où la gaîté me soumettait à son règne. Des amitiés inattendues se sont formées, d’autres plus anciennes se sont renforcées. Des dîners ont été organisés avec des gens que je n’aurais du que croiser, des bouteilles de Champagne débouchées à l’improviste. Une blanche et trois Perriers ont été partagés avec une bande d’écrivains, des verres de rouge avec les copines, des rires et des sourires autour d’un grand plat de cannelloni. Une poussette au Léa, des trajets en vélib’, beaucoup de sport et trop de cigarettes, l’excitation d’un projet naissant.

Côté cuisine, beaucoup de tartines de fromage et une playlist en mode repeat: les cheesecakes de Loukoum, les tartes salées de Catherine Kluger, les pommes au four avec de la crème crue, la côte de boeuf, le retour de la burrata, la salade de courgettes au citron et à l’huile d’olive (recette ci-dessous).

Je suis arrivée à l’autre bout du monde, et paradoxalement la routine a repris ses droits. Une bonne routine. Descendre à peine levée au coffee shop d’en bas. Partager l’ascenseur avec les jeunes coréens en pyjama et chaussons Hello Kitty, agrippés à leur smartphone même pour aller chercher leur petit déjeuner au 7/11 de l’immeuble. An-nyeong ha-se-yo. Ana latte. Go-mab-seub-ni-da. An-nyeong-hi gye-se-yo! (en coréen, les bons jours). Remonter au 11ème. Partager l’ascenseur avec les working girls old génération, talons bobine, jupe au genou et chemisiers à collerettes.  Travailler. Lorsque la faim se fait trop sentir, partir pour la piscine et s’arrêter sur le chemin pour dévorer une barquette de ravioli ou une brioche aux haricots rouges. Dans la rue, des serveuses fendent la foule un grand plateau en métal, recouvert de papier journal, sur la tête. Elles livrent leur repas aux employés des boutiques. Dans les nombreuses bijouteries du quartier, on range les breloques pour recouvrir les comptoirs de dizaines de petits plats différents. Mosaïque de kimchi et namul.

Après le vendeur d’ombrelles, le vendeur de chaussettes, le vendeur de draps de bain et le concessionnaire Hyundae (évidemment), j’arrive à la piscine. Nager. Nager. Rigoler avec les groupes de coréennes qui ont un bonnet sur la tête avec des baleines dessinées dessus. Se détendre dans le jijibang au milieu de toutes ses femmes toutes nues, sans complexe, ni chichi.  Et ça papote. On se frotte le dos à l’aide de larges bandes en crin, on épluche des concombres pour manger le cœur et … se faire des masques avec les épluchures sur la figure. Tiens, une dizaine de femmes toutes vertes. Envier ses douces habitudes de retrouvailles quotidiennes entre copines mais se sentir bien aussi toute seule dans le flottement de l’étranger. Sur le chemin du retour, l’après-midi est déjà bien avancée. Les vendeurs de légumes frits ont installé leurs carrioles. Déjà quelques coréens se pressent pour manger des brochettes rouge vif, debout face au stand. Retour à la maison. Travailler encore jusqu’à ce qu’à ce que la petite mélodie de la serrure électronique de la porte d’entrée se fasse entendre. Elle annonce l’heure de sortir se perdre dans les rues animées de Seomyeon, de se mêler à la foule à la recherche d’un restaurant ou d’un karaoké. Mais ça c’est une autre histoire.

 Salade de courgettes crues (Paris time): 

  • 2-3 courgettes. Comme les femmes de Barbe-bleue, les plus jeunes et fraîches possible
  • 1/2 citron
  • 1 c.s. d’huile d’olive
  • sel, poivre
  • 50 gr. de feta
  • une poignée de pignons de pin
  •  estragon/baie roses ou citron confit/coriandre
  1. Les courgettes*: Lavez les courgettes. Coupez les extrémités. Tranchez les en rondelles les plus fines possibles. Puis recoupez les en deux.
  2. La sauce: Pressez sur les courgettes le jus d’un demi citron. Mélangez pour que le citron cuise un peu les courgettes. Ajoutez l’huile d’olive, le sel (pas trop si vous ajoutez de la feta), le poivre. Mélangez.
  3. Le repos: laisser mariner au réfrigérateur 10 min. (Pas plus, sinon tout ramolli).
  4. Les pignons: pendant ce temps, faites rapidement dorer les pignons sous le grille du four en remuant régulièrement (5 min) ou à la poêle sans ajouter de matière grasse.
  5. Manger: au moment de servir ajoutez à la salade les herbes fraîches, la feta émiéttée, (les baies roses concassées/le citron confit).

* j’aurai bien fait dégorger les courgettes juste parce que ça fait super chic, mais je ne sais pas le faire. J’ai essayé une fois avec du gros sel, la salade est restée bien trop salée même après « rinçage ». Si qlq à une méthode, je suis preneuse.